Poésie lunaire et trahisons terrestres
avec Tom Bass, Vortex, Samuel Martinez et David Law
3 Titres enregistrés chez HBS en répétition en Mars 2005 avec un simple mini disc, photographie d'un instant unique: une improvisation sensorielle autour des mots, de l'image et du son.
Une interview de Benjamin Popp (musiciens.biz)
Tu te présentes parfois sur scène dans un projet qui s'intitule "Poésie lunaire-trahisons terrestres ", de quoi s'agit-il ?
C’est un concours de circonstances. Il y a tout d’abord ce concert de Bashung avec les deux écrans vidéos décalés, puis une session de slam au Trabendo où j’ai reçu de plein fouet les mots des déboires d’un type de 60 ans qui détaillait sa perception du monde, enfin la soirée organisée par saintdesprit.net le 30 Octobre, sur fond de revendication, avec une problématique majeure, ne pas utiliser de batterie. Il y a aussi la lassitude de balancer toujours le même concert ainsi qu’une discussion avec Samuel Martinez (Electric Delight Orchestra) et son envie d’electro décalé. Au fil des échanges avec Julien de saintdesprit nous avons cerné l’idée : marier l’image, la musique et les mots.
Tom (bass) est en tournée avec Jim Rowlands, nous tentons donc l’expérience ce 30 Octobre avec Vortex (bruitages / Rythmiques + effets) Sam (Claviers Vénusiens) and I (Guitares/textes).
L’Abracadabar nous a offert la seconde occasion de le faire, en première partie justement d’un concert des Arkitekts. Des mégalos pour mes galas. Nous avons pris le temps de répéter une fois pour fixer quelques repères, et pour que tom (bass) se joigne à nous. Côté image, nous avons déterminé six plages de six minutes, alternées de vidéos et de diaporamas, en essayant de suivre les thèmes développés par les textes. Il y a deux directions majeures : les textes lunaires, c’est à dire qu’ils relatent un futur proche et incertain, et les textes terrestres, dont l’accent est mis sur la difficulté d’être dans des situations quotidiennes.
Est-ce que ça a quelque chose à voir avec une performance ou un happening ?
L’objectif est de tirer parti de l’émotion dégagée par les 3 composants, le son, l’image et les mots. Une alchimie s’opère et nous échappe, la magie parvient à se glisser entre les mots et les notes, il se passe quelque chose d’indescriptible, tout peut à tout instant se briser et pourtant reste fluide, on sent l’immatérialité, tout comme la consistance, nos sens sont en alerte, à l’écoute des autres, l’équilibre est fragile, le miracle immédiat. Une performance oui, nous sommes en apesanteur, nous prenons des risques, il s’agit de faire appel à ses sens plus que sa technique, jouer avec l’instant, l’instantané, saisir l’émotion que la note ou le mot porte en lui, puiser et arracher enfin le vrai du faux, c’est en quelque sorte une thérapie, une expérience, dont on sort grandit.
Quelle est la part d'improvisation ?
Nous avons déterminés des thèmes ou des ambiances…partant du principe qu’ils doivent évoluer avec le texte et que la chose doit être décousue et insensée. Cette introspection que nous opérons, en quelque sorte, aboutit à une improvisation totale et libérée. En dehors des thèmes, nous ne savons pas qui de quoi, cela demande un effort de concentration et d’abandon de soi. Il faut dire aussi que parfois ça ne prend pas du tout, il y a parfois un flottement total.On se cherche. Simplement c’est un passage, un pont, d’un fleuve à l’autre, on sent qu’au détour d’un virage le torrent d’émotion est là, à portée de main.
Poésie et terrestre, est-ce antinomique ?
Ce qui est antinomique c'est que rêver nous oblige à nous arracher des réalités terrestres quand notre quotidien nous rabaisse à une foultitude de questions complexes et fades...en 96 déjà je poursuivais cette idée "Je voudrais être un aigle et planer sur vos villes, loin des tumultes et de l'effervescence. Le silence du vent, seul, qui me porte sur ses ailes, la liberté d'aller de gauche à droite, de plonger, de tourner, dans un état d'apesanteur. Mais je ne suis qu'un ver rampant, pris dans l'exactitude de la complexité humaine. Je n'arrive pas à me débarrasser de cette peau qui me colle, de ces mots qui souffrent, de ces yeux qui pleurent (...)
David Law