Revoici notre ami Shakey, dans une collaboration avec un gars visiblement aussi daredevil que lui : Ted Melvins.
Shakey ne suit jamais vraiment la voie facile qui consisterait à caresser l’auditeur dans le sens du poil. Son « Strange Record » allait déjà assez loin dans une certaine introspection artistique et nécessitait un certain état d’esprit pour vraiment l’apprécier à sa juste valeur. Avec Ted Melvins, ça va beaucoup plus loin. Deux guitares déjantées ont décider de visiter les notes les plus tordues qui soient, et la première écoute a de quoi surprendre. Rebuter certains par le côté bruitistique omniprésent sur les deux premières plages. Et pourtant, ça va au-delà du simple bruit gratuit et facile que ce genre de musique peut évoquer. « Guitar Lesson » a un fil, un thème, certes peu mis en évidence, mais qui n’a rien de gratuit. À 2 :25 il y a même un flingue qui remet les idées en place de tout qui pensait à autre chose.
« Guitar Duet » nous plonge en direct dans les 70’s, lorsque les guitaristes avaient tout leur temps pour délirer sur scène et tirer des sons douloureux de leur instrument. On pourrait croire 8 minutes de solo (pardon : duo) sans autre raison que d’improviser sont rébarbatives, et bien pas du tout. Maintenant faut pas non plus n’aimer que les chansons recyclées de la Starac, sinon c’est pas gagné.
« Wyatt sing a song » évoque la retenue d’un Roger Waters période « Ummagumma » et sa mélodie, pourtant discrète, a quelque chose de fantomatique, d’intrigant.
« Johnny Winter interlude » est un très court blues acoustique venant plus probablement de délires éthyliques au whisky du Capitaine Haddock que du lait-fraise de Jean S. de Neuilly, puis vlan ! revoilà les deux guitares (ou une basse ?) fuzz qui dialoguent pendant 9 minutes, avant de mener vers une petite boîte-à-rythmes soutenant des effets sonores rendant hommage à Mr Budd Dwyer, homme politique ayant eu le bon goût de se suicider devant une audience attentive : « Budd Dwyer Beat ». Puis voici que revient la chanson, « Monkey Goes To Heaven », à la mélodie une fois de plus fort jolie.
La seule chose qui me gène un peu dans cet album, c’est que parfois j’ai l’impression que vous n’osez pas à 100%. C’est flagrant sur « Guitar Lesson », qui déménage bien mais qui aurait mérité d’être jouée plus franchement. Histoire qu’on ait vraiment envie de se secouer la tête.
À part ça, connaissant un peu Kevin, ses influences et son esprit créatif, je pense que c’est quelqu’un à suivre et qui va faire de grandes choses s’il continue à avoir le culot qu’il a.