Longuement attendu et longuement repoussé par la french touch bureaucratique et persécutrice, le second album officiel de Kouki : Lakmée, semble déjà, avant même toute première écoute, s’échapper au-delà des bornes limitatrices de la marge communément admise dans tous les milieux musicaux quels qu’ils soient…
Et pourtant, le packaging parcellaire très oldfieldien de Karmen laisse cette fois la place à un morcellement plus conventionnel des morceaux qui pourrait faire penser à une certaine vulgarisation pour des oreilles et surtout des yeux incompétents.
Mais alors, musicalement, qu’en est-il ?
Ahhhh cette fameuse Clare Torry m’est revenue d’un coup, comme une sorte d’orgasme inopiné, comme une sorte de Great Gig in the Sky réssucité… Cet hommage réciproque à répétition sur une base de Dm a probablement fourni à Religionnaire un de ses plus grands succès folk-rock : « I Was Just a Looser ». Mais « Clare Torry » est ici manipulée avec une lenteur inédite et une délicatesse rare. Là où « I Was Just a Looser » sombre dans une mélancolie enjouée et masochiste, « Clare Torry » semble s’affranchir d’une apesanteur désagréable pour aller se loger aux creux de chaque synapse amygdalienne et ainsi mêler souvenirs et intuitions visionnaires… « Toy » en émerge avec une violence toute relative, mené par une ligne de basse dont le groove et la simplicité sont saupoudrés d’accords plaqués, moogiens et guitaristiquement distordus. La technique de chant ne fait surement pas partie des recommandations officielles spectoriennes, mais aussi loin qu’il peut être du wall of sound, Kouki pleure, gémit, crie, jouit, jusqu’à l’apparition d’une intense sudation quasi-tropicale sur « Welcome to Malaga ». On y retrouve un esprit toujours plus énigmatique et au combien attirant, phagocytant, où percussions et oiseaux en tout genre semblent rentrer en communion pour ne s’arrêter que dans une reprise de sonorités toujours plus darksidiennes. L’« Aerobic » version trip-hop est un exercice probablement bien plus difficile qu’on ne le croit. D’une nonchalance toujours plus menaçante, ces presque 8 minutes n’en finissent pas de hanter, de dévisager et de durer, peut être un peu trop d’ailleurs.
L’atmosphère musicale koukiesque a cela de particulier que malgré l’intense voyage proposé, au travers des contrées indo-africo-hispanico-asiatico-françaises, la cohérence artistique n’en est que renforcée. Que dire de ce « Goodbye » des plus émouvants, où des percussions lointaines portent un solo de guitare sans fin joué à l’archet ? L’influence de Sigur Ros, qu’elle soit ici majeure ou supra-majeure n’enlève rien à ces 8 minutes des plus poignantes. « Iorana » poursuit ce voyage de façon plus romantique du fait bien sur de cette délicieuse harpe qui en ferait presque oublier ce monde peuplé de harpies, ce monde digne d’une jungle. A propos de voyage, le titre initialement nommé « Air France » semble avoir perturbé la jungle et entrainé un gigantesque frisson procédurier. Rebaptisé « France », ce morceaux parait toujours symboliser les méandres d’un décalage horaire permanent. Mais qui pourrait se vanter d’être parfaitement synchronisé avec son temps ? Surement pas moi…
La montée en puissance de « Stromfight », en miroir de la descente finale darksidienne, interroge sur ce qui se cache derrière un combat. Comme je le dis si bien moi même : « Derrière chaque combat, il y a un orgasme. Et derrière chaque orgasme, il y a un combat. ». Le « Slow » à tendance sigurossienne rappelle que tout ceci dépasse le cadre du simple trip-hop ou du trip-hop extrême, dépasse aussi le cadre du progressif, de la new age, de l’electro, de la musique de film, sans pouvoir rester dans une case plus de quelques secondes (ou minutes) : insaisissable…
Le dialogue final « Opening » - « Credits » sombre dans un ambient entre Midnight Express, More et Gattaca pour s’éteindre définitivement après 1 heure et 16 minutes. Est-ce trop long ? Trop court ? Je n’en sais rien.
Que manque-t-il à la musique de Kouki ? En tant que Gourou Religionnarien, je prêcherais pour des arrangements à la sauce Religionnaire, plus directs, et, je n’ose le dire, plus conventionnels tout en étant aussi plus progressifs… Des changements de rythmes qui donneraient un esprit plus… Virevoltant. Mais peu importe. Ca n’a aucun sens…
Kouki semble se ralentir irrémédiablement au niveau du tempo. Mais que va-t-il se passer ? Va-t-il franchir le cap du tempo 0 ? Va-t-il être le premier à découvrir le monde inconnu du tempo négatif ? La réponse au prochain album ?