Ouf... Voilà un album dont on ne ressort pas indemne à l'écoute.
Premier titre très surprenant...
Les paroles sont... intrigantes. Cela aurait pu être du rap, mais c'est mieux. Cela aurait pu être du slam, mais c'est mieux. Cela aurait pu être de la poésie, mais c'est mieux... L'ambiance est lourde, la composition est lente, se met en place tout doucement, la complexification de l'ensemble s'effectuant par couches de loops successives. Les paroles sont écrites au vitriol. C'est talentueux, accrocheur, et pour moi le meilleur morceau de l'album au niveau du texte...
Deuxième morceau qui joue avec des collages musicaux. L'ambiance est plus aérienne, même si le propos est toujours aussi acerbe. L'instrumentation est plus fournie, on renoue avec les standards du style, entre downtempo et triphop. Je regretterai un souffle trop présent. Joli, mais plus convenu.
Le troisième morceau renoue avec la lignée du premier morceau : texte lu, moins onirique, avec une ambiance confinée d'où suinte des relents de maladie mentale (ceux qui auront la curiosité d'écouter et de décoder le texte comprendront). Les instruments sont l'écho du délire verbal, entre improvisation, avant garde et expérimentation avec des relents jazz. Une très bonne recherche musicale.
Impersonnalisation de la discussion : jeu de maux ou de mots. Sampling à tout va. Trop court ou reflet de la difficulté de communiquer ?
Une vague histoire de pression : introspection à tous les étages. Un morceau qui aurait pu gagner en force en travaillant différemment les effets stéréos et les percus me semble-t-il. Dommage, car le texte passe un peu au second plan, or j'aime bien l'écriture.
Dusk want come again : Ambiance plombée, saturée, avec ses phases hypnotiques, répétitives. Le morceau met pas mal de temps à se mettre en place pour gagner progressivement en complexité. J'espérais un peu plus de puissance sur la fin.
Nos meilleurs amis... Retour du texte, de l'humour cynique à l'observatoire des turpitudes humaines... Décidément, une très belle plume, comme on en voit rarement en chanson française "à texte".
Dernier morceau, le quotidien recourt à nouveau à cet esprit corrosif d'observation, cette révolte contenue... L'instrumentation est (trop) minimale, la composition plus faible alors que le texte est tranchant. Dommage de terminer par cela.
Quoiqu'il en soit, j'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir cet album et je remercie les artistes d'avoir eu l'intelligence de partager leur production sur Jamendo.
P.S. : Après plusieurs écoutes, je trouve que l'univers des artistes a beaucoup plus de force intellectuelle avec l'évocation des choses comme dans "le rhinocéros" plutôt que dans la dénonciation comme "le quotidien". Mais plus j'écoute, et plus je trouve votre univers passionnant. Dépressif, mais passionnant. La fatale beauté de la laideur ??? Encore un grand merci.