Voila longtemps que je n'avais plus chroniqué sur Jamendo, faute de temps... Et je tombe sur cet album qui directement me donne envie d'écrire ces lignes.
Ici, tout sent le professionnalisme. Les musiciens sonnent bien ensemble, et on ressent le plaisir qu'ils ont à jouer. Les compositions sont variées, ingénieuses. Le seul reproche : une voix trop directement inspirée des références 70-80. Par moment, on aimerait que cela grogne plus que cela hurle, morde, rage, soit sauvage....
Gender hacking est un vibrant hommage au prog (nous pondre un morceau de plus de 16 minutes, par les temps qui courent, cela n'est guère radiophoniquement correct). Les musiciens s'y baladent comme dans un musée à coeur ouvert, explorant tantôt du Crimson, tantôt du Genesis période Gabriel, et bien d'autres dont Led Zep. Le son est propre, le mixage assure grave. Bref, une excellente entrée en matière. Évidemment, dans ce style musical qui a été tellement exploité, il est difficile de surprendre encore de nos jours.
Srife est plus pop, et les voix sonnent beaucoup plus actuelles. La démonstration technique est moindre, mais l'énergie passe d'autant mieux. Mention particulière pour le batteur qui tient le morceau à bout de bras.
Pi renoue avec les plages longues (11 minutes quand même) et plus techniques. La composition est sans faille, tous les poncifs du rock hard prog sont accumulés à l'envie, sans que cela soit lourdingue. Le morceau n'est pas sans rappeler, je ne sais pourquoi d'ailleurs, certaines compositions d'a perfect circle.
La Puerta, morceau tout en finesse, avec un remarquable travail du batteur (décidément à la fête), une voix très fragilement posée (que l'on aurait aimée un peu plus en avant au niveau du mixage pour mieux saisir toute la complexité dramatique), une belle composition qui aurait pu servir de morceau de clôture à l'album.
Interlude : pas réellement indispensable, si ce n'est pour prouver que le groupe peut faire dans l'expérimental. C'est le genre de morceau que l'on trouvait à la fin de la face A sur les 33 tours, annonçant que l'on pouvait retourner la galette de vinyle. Est-ce encore utile à l'heure du CD et de l'Ipod ?
The Hermit : l'intro 80's laisse place à un morceau rythmé, mais malheureusement trop convenu. L'inspiration semble trop s'aligner sur les standards du genre. C'est bien conçu, bien réalisé, mais... trop long à se mettre en place, et le final pêchu ne peut racheter la longueur excessive du morceau. Une version plus courte gagnerait sans nul doute en efficacité.
How to succeed in dust : morceau lent, aux guitares graveleuses, au chant mélancolique. Intéressant par le jeu tout en retenue de tous les musiciens, laissant la part belle au chanteur qui donne à ce morceau son caractère dans la première partie. La voix est belle, bien posée, aux montées franches. Bref, une très bonne composition, très bien interprétée. La seconde partie, plus nerveuse, avec la distorsion sur la voix, est le contrepoint de la première partie. L'ensemble donne une composition énorme. Pour moi, le meilleur morceau de l'album.
Un groupe à suivre de très prêt, qui figurera certainement dans les têtes de pont des artistes jamendo.
Un très grand merci aux musiciens d'avoir partagé leur talent et leur passion avec nous.