le cheminement
par M.Alexis.M
experimental electro puremerveille piano postapocalyptique abasourdant tranki electrocontemporaine manipulation conceptalbum
le cheminement - 2002
un son, manipulé et trituré, a guidé généralement la composition de chaque morceau. mon but consiste à extraire ou à faire apparaître des fréquences particulières, un grain du son, comme pour confondre l'ouïe et le toucher.
cette recherche implique de prendre le temps et de l'étirer, d'arrêter les sons comme on tend un élastique. j'ai compris cela devant les "moments faibles" de R. Depardon, mais je préfère les contemplations d'A. Tarkovsky : Comment faire apprécier le silence en musique ?
1. exo
le son d'un porte-clés, aigu et très riche en harmoniques, donne le rythme et aussi le fond (quelques dixièmes de secondes étirés sur cinq minutes), et les textures ainsi que tous les sons/bruits, sauf celui d'un microphone frotté sur une derbouka.
2. larnaka zéro*
uniquement des bruits de bouche, sans effet, hormis la réverbération et les égalisations autorisées. je voulais ici suivre les champions de ces musiques actuelles, mais avec des moyens limités. le texte de Daniel concerne, je suppose, la société de consomation, ce qui convient tout à fait.
3. holo
deux improvisations à la flûte. l'habillage est contitué d'extraits de ces deux séquences. seuls, un son grave - sorte de timbale - est un coup de doigt sur une table en bois, et les sifflements aigus sont, justement, des sifflements aigus (du bout de la langue contre les dents).
4. +2
la nuit. des grillons font le gros du son (les pulsations graves ou aiguës). le reste sont des bruits de pas sur un chemin caillouteux et un cor de chasse. Morceau composé avec une facilité déconcertante, et ça fait plaisir.
5. iso
des échantillons de piano (soundfont) supposés parmi les plus beaux disponibles sur le réseau. mon avis est que ce piano est décevant ; il était donc intéressant de le dénaturer, le salir, le distordre, pour le détruire.
6. l'habit bleu*
essai chanté-improvisé, sur des paroles de Daniel. Les sons viennent aussi de manipulations sur la voix.
7. noctè
enregistrements de crapauds, la nuit. j'espérais faire aussi bien qu'eux (ce silence en musique), mais à chaque fois que je retournais les écouter, il me paraissait évident qu'ils étaient passés maîtres dans l'art du minimalisme sonore nocturne ; pas moi. j'y ai travaillé pendant un mois sans succès...
8. occabe (larrau)
des moutons, cette fois, qui paissaient à Occabé et au col de Larrau. les effets du vent, des bruits divers...
9. le chameau*
"... couché sur le canapé". Daniel, poète, a certainement été touché par une publicité connue. mélodie simple, simpliste, comme j'aime.
10. finalement
cet instrument est tellement à la mode qu'il ne fallait pas le rater. coincé dans une boucle numérique débile, il pousse son souffle continu.
* textes de Daniel Lamaison
Critiques sur le cheminement
Que faut-il applaudir ?
La recherche ou le résultat ?
Toujours est-il que si tu avais pour objectif de créer du son avec du son
(méthode avec laquelle je bosse de même, mais de façon plus "structurée")
je crois que tu y es parvenu, mes félicitations.
Ce côté si pur m'émeut en fait. J'aime à penser que toutes ces compositions
ne proviennent parfois que d'un seul son modifié au-dela de ses limites...
Tu pourrais être ancré dans un genre particulier que j'appellerais "la recherche poussée des manipulations du son"
Bonne continuation.
Pourquoi ne pas lier quelque chose de concis (musicalement parlant) avec cette orchestration abstraite et experimentale ?
EDIT :
Bon, je suis revenu sur ma note, après avoir écouté plusieurs fois dans plusieurs lieux différents et pendant plusieurs mois...
Et en fin de compte cet album me laisse tout simplement baba... Très rares sont les albums qui m'ont procuré une telle sensation. Quoi dont ? En fait je parle du fait que lorsque j'ai écouté cet album, j'étais dans des contextes et des ambiances assez mouvementées, des endroits fréquentés, par des gens, des voitures, des machines, etc. Et, chose inédite pour moi : je ne savais plus si les sons provenaient de mes écouteurs ou de ce qui se passait autour de moi. En fin de compte, l'univers musical que tu as tenté de créé s'est mélangé avec la réalité. Bravo.
Je suis en train d'écouter, et je suis complètement subjugué. matière sonore et invention d'un espace, d'un ailleurs propices à toutes les expériences et méditations. Entre la musique concrète et les expériences électronique, ce disque a l'air (je n'ai pas encore tout entendu mais je ne résite pas à l'envie de livrer tout de suite les premières impressions) d'une invitation, d'un cadeau, d'un partage. il y a là une sensibilité toute particulière à la fois rugueuse et délicate. ce qui est sûr c'est qu'Alexis cherche... et trouve. Pour moi en tout cas, c'est une trouvaille d'être tombé sur ce disque. Je vais télécharger ça en vitesse et faire découvrir à un maximum de monde. Vous qui lisez ces lignes d'ailleurs, si vous ne le faites pas encore, écoutez de toute urgence.
Bon que dire?
Que tu (vous) faites ce que j'ai toujours révé de faire en musique?
Ben ouais, M.Alexis.M c'est "comment élever la contrainte en fil conducteur dans le processus de création".
Je dois dire que si 25% de la musique "expérimentale" était aussi intéréssante, humaine, "musicale" que celle là, ben, ben, ben je sais pas mais c'est pas le cas!
Ca fourmille de créativité, encore une fois tu prouves que la plus grande liberté ne se passe pas de frontière, même que la frontière est la condition sine-equa-none de la liberté. Transplanté au champs musical, ça donne cette musique, entre autres. En gros, comment profiter au maximum du minimum, comment sublimer la créativité par "l'absence", la pauvreté de matière première.
Ca prouve que la musique et l'art sont quelque chose de profondément populaire.
Un micro et un pc, et hop on invente une nouvelle dimension musicale, mais en plus en lui donnant un sens profond et un lien avec les autres dimensions musicales.
Bon ça peut paraitre intello, inaccesible et chiant au vu de ma critique (qui rassemble ces caractéristiques!), mais la musique est tout le contraire.
Merci et bravo, du fond du coeur.
Au début, je me suis dit qu'un gars qui se réclamait de Tarkovsky était soit foncièrement imbu de sa musique, soit franchement interessant. Et c'est bien la seconde hypothèse qui s'avère être la bonne. Cette musique fait vibrer les sens, parler de musique est presque restrictif dans ce cas, tant le son est prenant et semble entrer a l'interieur du corps, pour en capter l'essence même des émotions. Dire qu'il faut absolument écouter cet album ne suffit pas, domage juste que certains passages axés sur les sons de la bouchefassent un peu (un peu!!) retomber la pression et l'embaumement sonore.
Les débuts étaient prometteurs, mais trés vite au saute du coq à l'âne. Il y a de la (bonne) recherche, mais pris par les ambiances du début, j'ai décroché petit à petit (surtout à la moitié) du fait du changement trop prononcé d'atmosphère. Ce qui me fait dire que ça manque d'unité. J'aurais préféré qu'on continue sur la lancée, en développant dans le même état d'esprit.
... Silences... Sons... Vibrations... (Art contemporain).
Un travail extrèmement intéressant et très pointu sur les sons qui coulent touts seuls dans un ensemble vibratoire surprenant et parfois inattendu.
Un album qui ne peut laisser indifférent et qui aurait peut être mérité une mise en image avec des travaux graphiques ou vidéo puisque MalexisM fait
aussi un traval dans ces univers (voir site internet).
Peut être un dvd expérimental un jour (photos, textes, videos, sons, peintures) ??
Merci pour ce voyage vibratoire :)
Travail remarquable de symbiose entre l'etre et la matiere!
Des plages Harmoniques exquises!!!
Bravo : technique&humain!
1p'tit truc le fait de stoper net l'"ambiance" de certains extraits ça manque de poesie!
C'est un album d'evasion, de décontraction
Merci Alexis pour ces 55 min de bonheur !