Avec son petit dernier, "Dreamtime", Muz nous gratifie d’un album toujours un brin difficile d’accès pour qui espère des chansons au sens propre du terme, sans être rebutant, bien au contraire. Pour avoir eu l’occasion d’écouter et apprécier quelques œuvres de notre ami, je pense que "Dreamtime"est le plus compact, sans être forcément le plus mature. En fait, la comparaison avec les autres albums est si difficile que je ne peux dire s’il s’agit d’une évolution ou d’une autre voie que Muz suit.
Oh certes il y a des points communs, comme le côté conceptuel, la diversité des thèmes, tout en appartenant à la même ambiance globale, la présence de guitares acoustiques dans un univers plutôt synthétique, ou encore le fait que les machines sont plus au service de la musique que l’inverse.
Comme souvent avec ce genre de musique (mais quel est-il réellement ?), les notes ont une certaine puissance évocatrice, plus forte encore que si le format était plus traditionnellement orienté ‘chansons’. Je ne peux pas parler de musique instrumentale, puisque Muz chante sur certains titres, d’une voix particulière qui sied parfaitement bien aux ambiances de l’album.
Le départ est donné sans ménagement, A NEW DAWN, sa basse acide aux délicieux accents new-beat et ses nappes intrigantes soutiennent une voix qui scande plus qu’elle ne chante et des cymbales rappelant qu’on n’est pas là pour un rêve à l’eau de rose. Bien qu’un brin moins marquante, STOP TO DREAM continue dans le ton, la voix de Muz semble effrayée, même la gentille guitare acoustique a du mal à calmer les ardeurs du diable qui semble chercher sa proie. Et c’est alors qu’une respiration, un peu comme sur un vieil album d’Al Di Meola, nous est offerte sous la forme d’une adorable petite danse au synthé virevoltant, MIDNIGHT DANCE. On imagine presque le feu de camp. La danse se fait valse, les masques ne tombent pas, la voix quasi-parlée a un accent germanique, est-on à Vienne ? A Venise ? La valse continue, TIME TO DREAM nous remet la guitare acoustique dans les oreilles, le synthé soloïse sur un swing un peu bancal, les claviers servent de fond à la voix bizarre, avant de devenir l’interlude DEADLY DREAM, servi par un solo de guitare aérien. Tout ça pour nous préparer à une très jolie petite pépite, THE NYMPH. La voix de Muz colle parfaitement à ce morceau presque poignant, qui arrive à point nommé dans le déroulement du concept. Les clochettes (FM ?) de DREAMING sont magnifiquement limpides et les images de dessin animé surréaliste ne sont pas loin. Elles s’épurent et font appel à une batterie qui se fait plaisir, suivie par une basse qui lance ses notes on ne sait exactement où, c’est faussement bancal (un peu comme King Crimson, une fois de plus), c’est presque dansant –mais il faut bien s’accrocher là ! C’est la bien nommée RHYTHM OF DREAM, qui s’enchaîne très joliment avec RIDING CLOUDS, autre perle de cet album, autre preuve que la voix bizarre de Muz est bien plus qu’une simple curiosité. Le synthé qui parle beaucoup est tout bonnement délectable par la tension qu’il crée, sur une beau tapis de guitares acoustiques. A peine le temps de comprendre que la basse insistante du début revient, et Muz rechante de manière plus inquiétante, c’est BOTH WORDS VIEW. La basse aux accents de clavinet, ne démords pas de son rythme, même quand la guitare électrique se fait une petite place au soleil. Soleil est un bien grand mot tant cet album semble, à mes oreilles, évoquer un rêve tourmenté plus qu’un doux moment à rêvasser. Les synthés, fort jolis, reprennent le relais, et nous voilà au long SLUMBER PARTY à l’intro caoutchouteuse. Synthés et clochettes continuent le boulot, c’est presque du Disney, on est dans la phase lumineuse du rêve, jusqu’à ce que la voix et la guitare reviennent ajouter leur touche de noirceur. Voix très expressive. Un long et beau morceau, mais si on ne regarde pas le sillon du LP, enfin je veux dire le déroulement du lecteur mp3, il est difficile de savoir ce qui appartient à une chanson ou à des passages séparés. C’est un vrai concept-album dans ce sens. Et comme parfois avec des albums concept, la phase finale est presque bizarre, presque trop simple (cf "Brave", "The Wall", "Magnification"-restons dans la Dreamtime attitude :D). Un peu de folk, un synthé et une guitare essayant chacun de se frayer un chemin, puis sans savoir s’ils vont s’entendre, c’est fini, il est temps de se réveiller.
La pochette : Jolie. Il semble que Madame rêve de formes oblongues, comme le chantait celui qui avait crevé l’oreiller parce qu’il avait rêvé trop fort. Accents whitesnakiens, David Coverdale doit être jaloux de ne pas avoir eu un si joli graphisme pour son "Love Hunter".
L’album : toujours aussi dense, plus structuré, peut-être un brin moins déjanté, quoique comme d’habitude Muz nous met un bandeau sur les yeux et nous lâche dans son labyrinthe sonore en nous disant "Débrouillez-vous". Comme dans une histoire de Philémon, on ouvre de nombreuses portes et on tombe sur des chambres à chaque fois étranges, parfois rassurantes, souvent inquiétantes. Le rêve de Muz n’est pas de tout repos, je peux comprendre que certain(e)s décrochent et se réveillent avant la fin. Mais les amateurs de musique riche, libre et inventive doivent vraiment essayer Muz, il propose un art ambitieux et onirique suffisamment ambigu pour garder son mystère et… l’auditeur aux abois.
Muz chante d’une voix qui surprend mais dont les ‘défauts’ n’en sont finalement pas. On peut comparer avec Ian Curtis, qui possédait également un organe vocal étrange, mais sans qui Joy Division n’aurait pas eu ce cachet si particulier. En souhaitant à Muz un destin plus heureux que pour le pauvre Curtis !