Alors que de nombreux pseudo-artistes n’hésitent pas à sortir une compilation tous les deux ou trois albums (le Religionnaire ne citera pas de nom, quoique…), le pertinent Kouki n’hésite pas, lui, à faire de son Bestop son treizième album dans un élan probable de superstition galopante.
Cette anthologie tutoyant les deux heures s’adresse en fin de compte à un large public, des aficionados de la première heure Karmenienne (qui n’est d’ailleurs pas la première heure, qu’on se le dise…) aux malheureux qui ignorent encore la brèche ouverte par Kouki hors des sentiers musicaux, en passant par le mélomane lambda amateur occasionnel de l’artiste mais qui n’aurait pas eu le temps de se plonger à fond dans sa discographie conséquente et éprouvante.
Ne souhaitant déléguer la sélection des titres à n’importe quel producteur véreux, Kouki opte pour « le meilleur de Kouki sélectionné par Kouki » et survole de manière élégante et judicieuse ses douze derniers opus. C’est alors là qu’apparaît le mieux le transformisme adroit de l’artiste que ne renierait pas un certain et célèbre caméléon vairon : tour à tour troubadour médiéval du 31ème siècle flanqué de son violon rouillé, tour à tour glam-rockeur industriel surpassant l’eunuque à son propre jeux, mais aussi et par-dessus tout grand voyageur devant l’éternel, explorateur musico-géographique ou encore expérimentateur sonore parmi les plus audacieux, Kouki est tout simplement panthéonesque.
Sa musique, qu’elle soit purement terrienne et volcanique ou au contraire spatiale et éthérée, conforte le Religionnaire dans sa théorie du filtre spirituel. Qui n’a pas, particulièrement concernant ses dernières créations, pensé s’arrêter après une trentaine de secondes pour dénoncer une simple plaisanterie, ou pire, une odieuse agression ? Et bien il se trouve que tout mélomane ayant le pouvoir d’écouter ce chant des sirènes un peu plus loin se retrouve rapidement et inévitablement pris au piège. Mais qu’est-ce qu’un piège après tout ?