Axé sur la mise en scène (c'est à dire qu'on retrouve des éléments sonores régulièrement : des paroles, du scratch tempéré et doux, du flow du fond du sillon comme du studio), de la prise de son donc (tout est court et du collage) et de l'improbable (un rythme, souvent un son, en boucle, des voix, des soupirs), cet album ne contient pas de chanson ou de morceau composé traditionnel. C'est très aimable; cinématographique, défait, épuré, lissé, tendu, ambiancé, etc.
Mais ces titres de vingt secondes à trois minutes, une manière d'introduire la rupture en permanence, ce qui est une qualité, peut aussi lasser pour ne jamais aboutir sur quelque chose de plus construit ou déconstruit.
Cette album reste intéressant pour écouter les jours où l'on est peu inspiré, pour ceux qui, comme moi, n'aime dans le rap que l'aspect musical et expérimental, le hip-hop vrai ou trip-hop, sans trop de scratch, plutôt blanc de peau; et ceux qui préfèrent les interludes de l'album de Moby, Play, plutôt que les gros titres, en plus noir, de derme comme d'ambiance ; comme si US3 s'était attaqué au label du Wu Tang plutôt qu'à Blue Note, comme si Portishead était d'un autre quartier ou si Tricky s'installait dans le leur.
Attention aux comparaisons : c'est très impersonnel, en tâche de fond, mais vaste et habitable. S'écoute deux fois de suite, pour entendre si quelque chose ne vous a pas échappé, mais pas par passion folle, une fois chaque quinzaine en temps normal.