Quelques notes volantes, comme échappées des Portes du Délire de chez Jon-d’en-face, nous mettent immédiatement dans le ton. Vraiment ? Non, il ne faut pas plus de quelques secondes pour qu’une séquence stricte comme un cours d’Allemand dans une école de Berlin-Est (avant que Monsieur Nicolas Bruni ne casse le mur, si si c'est lui, on a vu les photos chez PPDA, ah non, chez Laurence Ferrari) ne vienne nous réveiller. Et là une évidente évidence se fait sûre d’être certaine : on a entre les oreilles une production calibrée pour faire de l’ombre aux ténors TrustNo1 et Qurtis. On murmure même qu’Amanyth et Sousbock seraient en train d’envisager un exil à The Farm pour faire concurrence à ce « Dark Side Of Mind ». Roger Waters, lui, est resté silencieux.
L’inspiration musicale n’est pas si éloignée que ça du très imagé « Back To Life », ce sont toujours d’habiles successions d’atmosphères, sauf que les idées qu’on sentait vouloir éclore dans l’album à la tête d’un monsieur à vivabilité réduite (peut-on encore dire « mort » en 2010 sans risquer un procès d’associations pleurnichardes ?) sont ici devenues bien réelles.
Oserais-je réclamer un Goncourt si je disais que ce qui frappe ici c’est le son de batterie ? (frappe, batterie, ah ah ah) Car oui, les percussions NirZediennes ne font rien pour calmer les ardeurs de la musique de Squonk, enfin libérée des contraintes dues à, je pense, la modestie un peu trop maladive de Monsieur 66. Fini le temps où Squonk passait son temps à s’excuser d’avoir peut-être dérangé si le volume de son synthé couvrait légèrement le bruit des mouches qui volaient sur le cadavre des cloches tubulaires. Maintenant, tel un Obélix vexé de tant d’années à jouer les seconds rôles derrière cette mauviette d’Astérix, Squonk s’affirme. Il ajoute ses orgues rageurs, des voix distordues, fait appel au très demandé TrustNo1 (qui joue aussi sur le prochain Awaken, comme le hasard fait bien les choses) pour l’épauler et, soyons justes : il épate son monde.
J’ai un faible pour la part II de « Dark Side Of Mind », sa puissance, ses coups de butoir, et la conclusion « Mamina » qui est de toute beauté. Cette dernière m’évoque un peu le Tangerine Dream des 80’s, le séquenceur en moins. Le piano qui termine est un régal de délicatesse. J’ai presque l’impression qu’Hoggy va débouler, tous chevaux lâchés, toutes voiles dehors, et lancer avec rage : « Todayyyyy, I saw music in the skyyyyyyy ».
Puis-je néanmoins sortir de ma réserve pour émettre une réserve ? (bon, Monsieur Goncourt, tu vois que je fais des phrases bien chiadées, hein ! Je te jure qu’il paraît qu’Eric Naulleau se fait des petits plaisirs solitaires rien qu’en lisant mes œuvres, même que c’est Zemmour et Mâame de Fontenay qui l’ont surpris dans la loge de Ruquier un samedi soir. « Sortir de ma réserve pour émettre une réserve », c’est pas ce Baudelaire et ton Albert Camus qui auraient pu écrire avec autant de finesse, t’es d’accord ? Alors pourquoi tu refiles toujours tes prix pourris à Beigbeder ou l’autre zouave avec ses chapeaux, Amélie Nothomb ??? Il faut sniffer de la poudre sur le capot d’une Merco pour avoir droit à tes faveurs ou juste porter des fringues ridicules ?)
Bon, revenons à notre album (Squonk pardonnera aisément mon cri de désespoir, et s’il ne veut pas, ben euh… c’est le même prix), et effectivement une chose me dérange : la durée. Autant j’aime le format mini-album quand il s’agit de chansons, autant je trouve qu’en instrumental imagé (c’est le terme que j’utilise pour ta musique) c’est un peu court. J’ai besoin des 40 minutes légales pour que le climat s’installe vraiment.
Mais en résumé: bravo Mr le Squonk !