San Paolo d'Argon Italie
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Date d'inscription : 08 octobre 2008
John Dowland, Tom Verlaine, XTC, Vic Bondi, Tori Amos
En marge des trucs déjà entendu dès la première note et des bidules assemblés sans imagination, le monde sonore assez indescriptible de Salmacis, "sournoisement" :) décalé (hormis quelques incursions funky très seventies), à la fois rétro et moderne, vintage et futuriste, beau comme un film de SF des années 20 (j'aurais bien vu cet album comme bande son du fameux "Aélita") ou encore étonnant comme une photo de Rodtchenko (avec plongées, contre-plongées, diagonales fortes et points de vue extrêmes traduits musicalement entrainant l'oreille vers des points de fuite souvent peu conventionnels). Rafraichissant et attachant.
On se dit dès les premières mesures que l'on tient un bon album de néo-garage rock (on notera la référence au White Stripes sur une précédente critique). Mes espoirs se situaient plutôt entre New York Dolls et Cramps... Au bout du compte le résultat se cantonne à ce qu'on attend d'un album studio bon teint, sage et propret. L'application studieuse qui émane de l'exercice nous entraine au mi-temps des années soixante, fleurant bon les premiers lp des Sonics. Pas désagréable mais peut-être trop rétro finalement. D'ailleurs le jeune couple très lisse affiché sur la pochette n'évoque pas vraiment Lux Interior et Ivy Poison.
Toujours inattendu, et toujours parcouru de fulgurances stupéfiantes d'exactitudes ... l'impression d'avancer dans l'obscurité totale d'une nuit éternelle, les mains liés, les yeux clos, avec les mots de Philippe Bray comme seul médium de connaissance. Comme s'il était donné à chaque fois de découvrir un monde totalement inconnu, entre pénombre et éclairs fugaces, par les yeux même du poète. Difficile à écouter peut-être, à moins de savoir d'emblée que rien ne sera comme on s'y attendait, que l'attention devra sans cesse être aux aguets, que mots et musiques ne s'accorderont pas autrement qu'avec la liberté d'un chant d'oiseau répondant aux murmures du vent et au bruissement des feuillages...
Excellent album de pop suédoise, chaleureuse et élégante, parfois sombre aussi, traversé d'émotions sourdes, avec un léger spleen style Jay-Jay Johanson ou Tindersticks, que l'on s'imaginerait aisément déguster dans un fauteuil club au coin d'un bon feu crépitant. La voix est parfaite, et les chansons, sans effets excessifs réussissent à nous capter dans leurs filets habillés d'harmonies chatoyantes. Vraiment très bon.
Voilà un album comme il en tombe un tout les 3 ans sur Jamendo, un de ces opus innovant et décoiffant dont on se demande immédiatement après l'avoir écouté comment on a fait pour vivre sans jusqu'à cet instant. Un groupe au meilleur de sa forme qu'on pourrait s'imaginer avoir entendu dans une des black session de Bernard Lenoir, entre des pointures comme Nine Black Alps ou The Kills. Huit titres imparables ou souffle le meilleur des influences de l'histoire du rock. De Kink Drop à Breathe Sottly, pas un temps mort, pas une impasse, pas une redite. Passez vous le mot, cette page web est à marquer d'une pierre blanche et ce lien est à partager de toute urgence.
Une voix qui a de faux airs de Marc Almond et des ambiances très eighties, tout imprégné de dandysme romantique élégamment kitsch ... agréables détours sur le mode rétro, parfois très dark ("This noisy silence" qui entretient un cousinage évident avec la musique de Rozz Williams), d'autres fois plus lumineux (A.S.T.R.I.D), ou digne le temps d'un titre (Lay Down) du fameux "Starfish" de The Church. Très agréable.
En liberté, Philippe Bray marmonne ses rimes dépenaillées et vagabondes. Cela dérange et c'est tant mieux. Qui a dit que la poésie devait marcher dans les clous? Certainement pas Léo Ferré par exemple qui écrivait:
"Un poète ça sent des pieds
On lave pas la poésie
Ça se défenestre et ça crie
Aux gens perdus des mots, oui ... des mots FERIES
Des mots comme le Nouveau Monde
Des mots venus de l'autre côté de la rive
Des mots tranquilles comme mon chien qui dort
Des mots chargés des lèvres constellées dans le dictionnaire des constellations de mots..."
Philippe Bray invente un nouveau territoire, à mille lieux des vôtres, tissé de mille ailleurs, le sien, patiemment découvert et exploré, dont les frontières sans cesse redessinées cernent peu à peu, sans tricherie aucune, un rapport inusité entre mots et musique.
Pas assez lisse et aseptisée, rebelle au formatage, la poésie de Philippe Bray n'ira pas habiller vos salons. La poésie de Philippe Bray fera mauvais effet dans vos baladeurs mp3. La poésie de Philippe Bray ne se laissera pas écouter d'une oreille distraite sur votre autoradio. Décidément la poésie de Philippe Bray est très mal élevée!
Elle préfère déambuler de guingois dans les ruelles obscures de l'intuition, pleine de faux-pas, oscillant sans cesse entre clarté et pénombre, entre évidence et approximation, mais vivante, oui, vivante et libre de toutes les rencontres.
Que la poésie se foute des règles, piétine allègrement les conventions, invente, initie, cherche, trace de nouveaux sentiers biscornus et improbables, ne ressemble à rien (pas même à elle-même), car la poésie a tout les droits et les poètes véritables n'ont de compte à rendre à personne.
Assez froid comparé aux deux autres albums, très certainement parce que conscient du manque de maitrise évident des précédents, le groupe à choisi de limiter la part d'improvisation dans son exécution. Si ce n'est écrit, c'est en tout cas très (trop ?) retenu, voire même timide. D'où un résultat assez froid qui tend bizarrement vers l'abstraction. Une attitude qui porte pourtant ses fruits car les défauts passés sont nettement moins flagrants. Je trouve néanmoins cet album doté d'une certaine personnalité. Et si l'on considère la progression de la formation, ce dernier opus laissait présager une évolution intéressante. Apparemment le groupe n'a pas donné de suite, et c'est sans doute dommage.