On imagine les Morning boy étudiants au tee-shirt large et converses pourries, nonchalants et sympathiques, toujours en bande, distillant des blagues qu'ils sont les seuls à comprendre. Et c'est peut-être là qu'il faut trouver ce qui alimente ce bel album, d'une sincérité désarmante, rappelant les californiens de Pavement en grande forme. C'est sûr, on sent chez Morning boy l'influence de leur ainés, mais au fil des titres, la bande de potes se transforme vite en artistes doués. Des mélodies aussi ciselées qu'entêtantes, un son homogène et compact, ces garçons sont prometteurs. Reste à confirmer tout ça en live, mais au vu de leurs performances youtubesques, on ne se fait pas de souci pour eux. Bonne route à vous, et gardez vos polos, les filles adorent ça...
Osnabrück. Ses hôtels, son université, son nom imprononçable.... et son artiste maison, j’ai nommé Nobody. Osnabrück est jumelée avec Angers, la patrie des Thugs et des Dirty Hands autant dire la mecque de l’underground français (curieuse coïncidence). Ce garçon est encore un "je fais tout tout seul avec mes dix petits doigts".
On sait juste que Nobody est allemand, et qu’il a choisi le nom de groupe le plus tordu pour jamais apparaître dans Google en première page... Et si c’était fait exprès ? En tout cas, il a prouvé par cette petite merveille d’album pop, qu’il n’y a pas que Kraftwerk au pays du cervelas et qu’il est possible de mélanger des guitares en bois fendues dans le pur esprit low-fi et des percus "viens on va faire un feu et je vais te montrer, moi, comme j’en joue, des bongos" sans qu’à aucun moment on perde de vue les mélodies, superbes, entêtantes, lumineuses. On pourrait penser aux berlinois de Tarwater ou à la troupe des énervés d’Animal collective, voire un T-Rex enfumé de ganja (pour la préhistoire) posant des yoyoyo à la fin de toutes ses phrases, sans que ce soit vraiment ça non plus...
Comme il dit si bien : "For me only one rule is important : makin’ really simple songs ". On veut bien le croire.
Si le canadien Brad Sucks se nomme lui-même "One man band with no fans", à mon avis ça va pas durer. Ce garçon me fait penser à Beck dans ses mélodies les plus inspirées, souvent mélancoliques mais toujours baignées d’une lumière généreuse.
Même si "Making me nervous", single annoncé, (avec un léger clin d’oeil à cette coquine de Kylie Minogue...) lorgne vers l’électro dansant, les guitares, omniprésentes sur l’album, sont épaisses et rondes et badigeonnent tout ce petit monde avec grâce. Avec sa tête d’étudiant sans âge, Brad cultive la nonchalance à pleines voix, en inondant nos oreilles de mélodies entêtantes, servies par un timbre vocal épais à la Kurt Cobain tombé du lit. Même "Bad attraction" nous rappelle que Lenny Kravitz n’a pas fait que de la soupe, on en viendrait presque à ressortir nos vieux vinyles poussiéreux...
Tout ça pour dire que Brad Sucks n’a pas fini d’obséder vos tympans, et si finalement vous n’êtes pas convaincu, vous pourrez toujours proposer un remix d’un titre de l’album "I don’t know what I’m doing" sur le site de l’artiste.
On écoute Electro Libre dans son bain, avec de la mousse plein le nez et les orteils qui dépassent, bougeant en rythme à chaque son de pied. La sensation d'être toujours bien emballé, mais avec une obsédante envie de bouger son corps et surtout de siffler ces mélodies douces et sucrées appuyées par des nappes dégoulinantes de chantilly. Mais c'est comme ces pâtisseries italiennes, on proteste un peu au début mais finalement qu'est-ce qu'on aime ça ! Electro Libre, c'est du tiramisu tout frais sorti du frigo, moelleux et ferme à la fois, entre un Vangelis gai comme un pinson et un Mylo tombé dans la crème fraîche... Bref, un album à déguster, délicatement.